Campagne pour le NON au référendum du 29 mai 2005

Voici quelques liens (promis, dès que j'ai une seconde, je découpe en plusieurs pages avec une sidebar) :


Le projet de Traité Constitutionnel Européen

Le domainepublic.org offre sa contribution au débat politique sur le référendum du 29 mai sur le projet de traité constitutionnel.

Sections :

Et aussi le...

Afin de mieux apprécier le contenu exact de ces 485 pages, domainepublic.org se propose de mettre en ligne une version hypertexte du document, ainsi que des fonctions de recherche. Le travail est commencé, voici une toute première version, très rudimentaire.

[08/06] Nouvelle version du TCE, après corrections :

[08/06] Quoi de neuf ? Tous les alinéas sont maintenant bien reconnus (et notamment dans l'article III-396, dont je parle plus bas) ; la version HTML a un sommaire beaucoup plus détaillé (partie/titre/chapitre) ; la version portugaise est prête (html, .info), voir téléchargement ci-dessous). Si vous aviez fait des liens vers un article dans la version précédente, l'URL a un petit peu changé (voir le README ci-dessous).

[21/05] Nouveau : vous pouvez maintenant lire le TCE dans emacs. Voir plus bas pour les fichiers à télécharger.

Seules les parties I à IV sont représentées pour l'instant (la partie Protocoles et Annexes est plus compliquée à traiter, la présentation change pratiquement à chaque protocole). Le texte est découpé en articles et alinéas, avec des liens hypertexte chaque fois qu'un article en référence un autre. Par exemple, l'article IV-440, alinéa 2, fait référence à l'article III-424, et cette référence est un lien actif, comme ici.

Notez que le texte du traité n'est pas dans le domaine public, il est soumis au copyright mais sa reproduction est autorisée. Le fichier ci-dessous porte la mention : © Communautés européennes, 2005 Reproduction autorisée, moyennant mention de la source. Voici donc la source du traité :

Ne votez pas sans l'avoir lu !

Vous pouvez participer (17/05)

Vous codez en perl ? Vous maniez couramment le shell/grep/awk/etc ? XML/XSD n'a aucun secret pour vous ? Alors, vous pouvez vous aussi vous y mettre, l'ensemble des outils (essentiellement des scripts perl) utilisés pour fabriquer la version XML puis HTML du traité est disponible ici. De plus, le texte du traité est maintenant disponible en 2 langues :

Ancienne version du 21 mai :

Anciennes versions du 17 mai :

Et bientôt une mailing list pour en parler. 18/05, à titre expérimental: debat@domainepublic.org est la mailing list (forum de discussions) associée à ce site. Pour s'y abonner, envoyer un mail à debat-subscribe@domainepublic.org, et pour se désabonner idem avec debat-unsubscribe@domainepublic.org.

Mon opinion sur ce traité

[ Note : à partir de ce point, les paragraphes suivants constituent l'opinion politique assumée d'un citoyen de l'Union Européenne. Cette opinion politique s'exprime en particulier dans le cadre de la campagne référendaire française. ]

Je me souviens d'avoir entendu parler, pour la 1ère fois, de ce projet de constitution, le jour où ils ont fini de l'écrire ! On a vu ce jour-là M. Giscard d'Estaing aux infos, très content de lui, devant un document de quelques centaines de pages... qui l'avait écrit ? mandaté par qui ? quel contenu ?... il était bien trop tard pour se poser toutes ces questions.

Je me souviens aussi du Portugal de 1976, après la révolution des oeillets. Après la dictature de Salazar, la premier moment de la vie démocratique a été l'éléction de l'Assemblée Constituante. Les partis politiques récemment constititués ont tous fait campagne, annonçant leurs projets pour la future constitution du Portugal démocratique, et les élus ont passé un certain temps, un an ou deux peut-être, à rédiger le texte. Ils avaient été élus pour ça, et le texte qu'ils ont produit avait une qualité particulière, appelée "légitimité démocratique".

La différence entre ces deux situations est ce qui me motive aujourd'hui à faire ce site, et à dire résolument NON à ce projet de traité, que je trouve anti-démocratique, à la fois dans son processus et dans son contenu.

Quelques points remarquables :

Ce dernier point mérite d'être repris et souligné. Dans toute démocratie, le pouvoir exécutif est issu des urnes, c'est-à-dire du Parlement. Cela ne signifie pas que les individus qui seront au gouvernement siègent forcément au Parlement (encore qu'en France c'est la tradition républicaine), mais que la politique que l'exécutif entend mener est, elle, issue du Parlement, et elle doit y être approuvée.

Concrètement, celui qui est nommé premier-ministre va devant le parlement présenter sa Déclaration de Politique Générale, c'est un programme de gouvernement, et le Parlement doit l'approuver par un vote de confiance, sans quoi il n'y a pas de gouvernement. On dit que le Parlement, qui détient le pouvoir législatif, exerce ainsi un contrôle sur le pouvoir exécutif, et une bonne démocratie fonctionne grâce à ce système de contrôles et de contre-pouvoirs, entre le législatif, l'exécutif, et le judiciaire.

Dans l'Europe de ce traité, rien de tout cela, rien d'aussi contraignant pour l'exécutif. Le Parlement se prononce, par exemple, sur les noms des membres de la Commission, mais en aucun cas sur la politique qu'ils entendent mener.

Des articles remarquables

A lire absolument (les numéros de page renvoient au traité en version .pdf, un seul morceau), ces quelques perles. Encore appelée "Galerie des Horreurs" si vous n'avez pas envie de faire de l'ironie.

Conclusion : c'est NON !

Ce texte n'est pas une constitution.

Une constitution décrit un projet politique, elle se concentre sur les valeurs essentielles qui sous-tendent le projet, elle décrit le fonctionnement des instutions, mais ne définit pas de politique particulière. Dans le cas de l'Union Européenne, on attend d'une constitution qu'elle rende enfin démocratique la construction européenne, et la démocratie est cruellement absente de ce texte.

Ce texte est un fourre-tout, trop long, trop complexe, et rempli de choses qui n'ont rien à faire dans une constitution. Ce n'est qu'un traité, un de plus, entre les pouvoirs exécutifs des pays européens, et qui doit probablement, d'une façon ou d'une autre arranger leurs affaires. Le citoyen, lui, reste sur sa faim.

24/05 : Je viens de découvrir le site définitif sur le sujet, M. Etienne Chouard y explique tout ce que j'essaye de dire, et plus, en beaucoup mieux :

Je recommande vivement son site (c'est écrit en petit, mais ça ne fait quand même pas 485 pages, et c'est bien plus compréhensible). Si quelqu'un vous demande une bonne référence, et pourquoi il faut voter NON, donnez-lui cette URL.

Campagne (22/05)

La campagne rentre dans sa dernière ligne droite, il est temps de passer à la vitesse supérieure : le domainepublic.org descend dans la rue. Voici une première affiche qui va être placardée :

Vous êtez bien sûr libres de copier, diffuser, distribuer cette affiche, mais PAS de la modifier.


Le Blog de Campagne

Notes au Fil de l'Eau (16/05)

Le droit de pétition, sur France 2

Vu ce soir sur France 2 : Simone Veil, Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon, et d'autres, chez Arlette Chabot (Mots Croisés).

On nous vante la grande avancée politique que constituerait le droit de pétition : 1 million de citoyens européens peuvent adresser une pétition (une supplique ?) à la commission [de mémoire, mais il faudra que je vérifie demain, celle-ci n'est pas *tenue* d'agir...][18/05: article I-47, alinéa 4), voir ci-dessous]. Ségolène Royal se lance dans une grande envolée lyrique nous assurant que cette démocratie participative, unique au le monde, nous permettra de faire adopter des textes de loi aussi importants que l'égalité des salaires homme-femme !

L'égalité hommes-femmes me paraît être un sujet important. On pourrait même dire que c'est un sujet de société assez central, pas un épiphénomène, alors... je suis perplexe.

Dans cette Europe qu'on nous propose, ce n'est pas le Parlement qui se charge de faire adopter des textes aussi importants ? qu'est-t-il arrivé à la démocratie représentative, on a fait une croix dessus ? [Réponse: oui] On serait obligés de mobiliser un million de citoyens (et nos 700 députés européens, ils servent à quoi ?) pour interpeller nos maîtres et seigneurs (la Commission), dans l'espoir d'obtenir un texte de loi (dont la Commission seule a l'initiative) ?

Mon opinion : ce droit de pétition n'est qu'un gadget, censé donner l'illusion de la participation des citoyens à la vie politique. Il est aussi démagogique que les référendums d'initiative populaire, qui fleurissent un peu partout.

Art.I-47 La Démocratie Participative (18/05)

L'alinéa 4 de l'article I-47 dit que des citoyens "peuvent prendre l'initiative d'inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu'un acte juridique de l'Union est nécessaire aux fins de l'application de la Constitution".

Prenons un exemple : imaginons que je m'inquiète de la tournure prise par l'affrontement entre les industries du "contenu" et les consommateurs, et notamment des menaces que cela peut représenter pour le domaine public (cf. Eldred vs. Ashcroft aux U.S.) ; je mobilise un million de concitoyens, et nous demandons à la Commission de soumettre une proposition, sur le sujet de l'équilibre rompu entre les droits patrimoniaux des détenteurs de propriété intellectuelle d'une part, et les citoyens consommateurs de l'autre. A votre avis, quelle sera la réponse ?

Pour avoir une idée, ne ratez pas les prochains débats sur la transposition en droit français de la directive EUCD, le domainepublic.org suivra l'affaire. Bon courage :-(

[Si vous souhaitez réagir à ce blog, commenter, en bien ou en mal (mais courtoisement) ; si vous voulez rajouter de l'huile sur le feu, ou au contraire mettre de l'eau dans mon vin ; si vous avez des informations ou des exemples à apporter pour illustrer ou confirmer ou démolir ce que je dis : je vous conseille la toute nouvelle mailing liste en phase expérimentale debat-subscribe@domainepublic.org, en attendant un système plus direct]

Notes au Fil de l'Eau (18/05)

Du bon goût des élections d'autrefois

Dans "Métro" du mardi 17 mai, on trouve, comme dans beaucoup de journaux ces jours-ci (Le Monde, par exemple), un article - dans une série - d'explication de la constitution. Le thème du jour est l'article I-27 et le président de la Commission.

L'intention est louable, certes, mais on peut s'interroger sur ces actions de "pédagogie" qui parlent de la Constitution au présent (la Constitution prévoit, elle consacre...) comme si elle était en vigueur, ou au futur ("quand elle sera en vigueur", et pas "si jamais elle est approuvé..."), mais jamais au conditionnel. Cette pédagogie légitime le texte en nous l'expliquant au présent, comme s'il était déjà là, comme si c'était le seul, alors que la démocratie demande le débat contradictoire entre les alternatives possibles, pour que l'électeur puisse faire son choix [il paraît que ce débat a déjà eu lieu, mais nous n'y étions, hélas, pas conviés].

Que nous dit cet article ? je lis que "c'est au Parlement européen que revient le pouvoir d'élire (ou de rejeter) ce candidat". Je ne peux m'empêcher de sursauter devant cet usage du verbe "élire"... ce serait donc ça une élection ? Vérification faite, l'auteur n'avait fait que le reprendre du texte du traité lui-même. Mais enfin... :

Nos concitoyens sont-ils à ce point gavés de démocratie, depuis des années, qu'ils en ont perdu le goût ? ils accepteraient sans broncher d'échanger la richesse gastronomique du suffrage universel contre le fast-food de la procédure de nomination technocratique ?

Rappelons-nous tout ce qui fait la saveur d'une élection bien démocratique :

Quand ces conditions sont réunies, on peut parler d'élection démocratique. Ici, qu'avons-nous ? le Conseil "tient compte", il "consulte", et il "propose" un candidat, et ce candidat "est élu par le Parlement". Une mécanique bien huilée, peu d'incertitudes. Mais ça n'a pas le bon goût de la démocratie.

C'est un peu comme si on réunissait une convention qui "consulte" pour "proposer" un texte constitutionnel, et puis le corps électoral n'avait plus d'autre choix que dire oui ou NON. Non, décidément, c'est fade, et on reste sur notre faim.

Alors, de grâce, dites-moi que "le Parlement européen a le pouvoir d'avaliser, de cautionner, de ratifier, (ou pas) le choix du Conseil", oui, mais élire ? non. Le Parlement confirme, il acquiesce, il s'incline (ou pas) devant la décision du Conseil, mais il n'élit pas.

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Notes au Fil de l'Eau (21/05)

Retour sur la peine de mort

Je reviens sur l'article II-62 qui concerne la peine de mort, et les "explications" de la déclaration 12 en annexe. Certains lecteurs pensent que la façon dont j'avais découpé (ci-dessus) la phrase citée était trompeuse, et qu'elle masquait le fait que les exceptions à cet article ne concernent que les cas de guerre. Ce n'était pas mon intention, j'ai donc rétablit l'intégralité de la phrase. Ces mêmes lecteurs pensent que l'exception de la guerre enlève de la force à mon argument.

Mon propos ne portait pas tellement sur la peine de mort en soi, mais plutôt sur la contradiction flagrante entre deux parties du texte. Surtout que la partie II est une des plus médiatisées : combien de fois ne nous a-t-on pas expliquée qu'elle constituait une avancée majeure, puisqu'un citoyen pourrait l'invoquer pour s'opposer à une directive de la Commission qui lui serait contraire.

Rappelons d'abord qu'on parle ici d'une peine prononcée par un tribunal, à l'encontre d'un condamné, et non pas du fait qu'en temps de guerre l'être humain, européen ou pas, se permette de tuer l'Autre, chose qu'il s'interdit d'habitude (enfin, sauf exception). Qu'on soit bien d'accord, cette pratique traditionnelle et ancestrale de la guerre n'est absolument pas bannie par ce traité ! Bien au contraire, voyez l'article I-41, alinéa 3) : "Les États membres s'engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires".

Revenons donc à nos tribunaux, et admettons que certains pays conservent la peine de mort en cas de guerre. C'est leur droit. Pourquoi l'article II-62 ne le dit pas ? Pourquoi cet article n'a-t-il pas été rédigé de la façon suivante :

"Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté, en temps de paix."

ou bien :

"Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté, si ce n'est en temps de guerre."

ou encore :

"La peine de mort est abolie en temps de paix, et rétablie en temps de guerre."

Mais non, on ne peut pas, il y a des pays (comme la France) qui ont aboli la peine de mort, et ce dans tous les cas, guerre ou paix. Donc l'article II-62 dit :

"Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté."

Voilà, c'est simple, c'est clair, et c'est... faux. Et oui, c'est faux ! La déclaration 12 nous apprend que si, si, on peut tout à fait se faire condamner à mort dans un pays de l'Union Européenne, pour peu qu'il soit en état de guerre (mais rassurez-vous, les pays européens ont des choses plus importantes à faire en temps de guerre, cf. mon commentaire sur l'article III-131 ci-dessus).

Mon opinion : en réalité, les 25 pays signataires ne sont pas d'accord entre eux sur tout ce qui figure dans cette partie II, mais ils ont préféré cacher leurs divergences, sous forme d'exceptions, au fin fond du traité, à la page 432. Ceci permet de mettre en avant (comme ça a été fait) cette Charte comme une grande avancée du Droit et de la Justice, et de nous jeter ainsi de la poudre aux yeux pour occulter la partie III, qui est le principal objectif des promoteurs de ce traité.

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Notes au Fil de l'Eau (24/05)

Du bon usage du football en politique

L'unanimité est chose courante dans les républiques bananières, mais en démocratie, elle est suspecte.

Partant de ce constat, il importe de se demander pourquoi une si grande partie du spectre politique (et la quasi-totalité des médias) s'est prononcée en faveur du oui, pourquoi n'y a-t-il pas eu des projets de constitution différents à droite et à gauche, et pourquoi le PS s'est-ils aligné avec l'UMP ?

Au comptoir des cafés, on affirme, péremptoire, que "de toute façon, Bruxelles est au mains des lobbies". Il en découlerait que, ces lobbies étant pour le traité, les partis politiques (tous les partis politiques !) n'ont eu d'autre choix que de se plier au oui, pour ne pas heurter des intérêts économiques considérables, qui leur procurent financement et accès aux médias.

Je ne crois pas que cette image d'Épinal du lobby manipulateur corresponde à la réalité, elle est trop simple.

Il faut plutôt chercher dans ce traité, dans le fonctionnement des institutions, et dans le jeu politique qu'il décrit, quelque chose qui est partagé par tous les partis, quelque chose qui a trait à leur fonctionnement en tant que parti, indépendemment du contenu de leur programme, et qui intéresse au même titre les partis de tous les bords.

Je ne prétends pas détenir une réponse définitive à cette question, mais je vous soumets une hypothèse : nos gouvernants, et nos politiques en général (qui s'imaginent gouverner un jour), ne veulent pas d'une vraie démocratie en Europe. La raison, on la conçoit aisément : tout nouveau pouvoir démocratique réel, accordé à des institutions européennes, le serait au détriment des pouvoirs locaux dans chaque pays.

Or nos politiques n'ont pas lutté pendant des années pour conquérir démocratiquement le pouvoir dans le pays, et arriver au gouvernement, pour voir ne serait-ce qu'une parcelle de leur nouveau pouvoir partir vers une institution européenne (le Parlement) qu'ils ne contrôlent pas !

Par contre, tout nouveau pouvoir réel accordé au Conseil européen et à la Commission reste... entre les mains de ces même gouvernants ! Eh oui, le Conseil européen, ce sont nos gouvernants, ce sont les mêmes : Article I-21, "Le Conseil européen est composé des chefs d'État ou de gouvernement des États membres [...]". La Commission ? elle est "nommée par le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée" (Article I-27, alinéa 2).

Mais si ce sont les mêmes gouvernants, l'environnement, lui, est très différent : à Paris, le moindre projet de loi est annoncé dans la presse, décortiqué au 20 heures, et contesté dans la rue ; à Bruxelles, les réunions du Conseil se passent à huis clos, et les directives de la Commission restent confidentielles (c'est en tout cas ce qu'observe le citoyen lambda devant sa télé). Bref, la politique est aussi opaque et silencieuse à Bruxelles, qu'elle est exposée au grand jour, et étalée dans les journaux, à Paris.

Dès lors, on comprend mieux ce qui se passe, quand on déplace des compétences des pays membres vers l'Union, quand on renforce le pouvoir de décision de l'Europe, ou quand on rend l'Europe plus efficace :

[A contrario, renforcer les pouvoirs du Parlement, comme par exemple lui autoriser l'initiative de certaines lois, enlève directement et définitivement une parcelle du pouvoir à nos gouvernants.]

On imagine bien l'intérêt, pour tout parti de gouvernement, qu'il soit de droite ou de gauche, d'un tel système d'aller-retour : un projet de loi qui ne passe pas à Paris ? il suffit de partir à Bruxelles, et de revenir avec une directive qui s'impose au droit français.

La métaphore footballistique du "une-deux" permet d'illustrer ce point :

Le "une-deux" : un tour de passe-passe imparable

Imaginons une équipe emmenée par le jeune et fougueux Nicolas, maillot n°10. Nicolas est la toute nouvelle star de l'équipe, plébiscité par son public, à la fois meneur de jeu et meilleur buteur. Même s'il n'a pas encore ravi à Jacques son brassard de capitaine, on sent bien que Nicolas est le vrai patron de cette équipe. Nicolas, donc, passe à l'attaque :

"Je veux privatiser toutes les entreprises publiques, et supprimer tous les services publics !" (Nicolas est pressé).

Devant lui se dresse alors le défenseur de l'équipe adverse, Opinion Publique, avec le maillot n°2. Opinion Publique est un poids lourds, un peu long à la détente, et dont on dit souvent qu'il s'endort au cours du match, ou encore qu'il se laisse distraire par les pubs en bordure du terrain. Néanmoins, son poids lui permet de faire des dégâts considérables, si jamais on essaye de le passer en force, il faut donc composer avec lui.

C'est alors que Nicolas aperçoit, en haut à droite du terrain, totalement démarqué, son collègue Bruxelles, maillot n°11. Bruxelles est un attaquant redoutable, qui aime jouer en pointe, profondément infiltré dans la partie adverse du terrain. Son plus grand atout est la faculté qu'il a de se faire oublier de ses adversaires, de se fondre dans le terrain jusqu'à devenir invisible. Bruxelles en viendrait presque à nous faire croire qu'il n'est pas vraiment un joueur engagé dans la partie, mais juste un élément technique du stade, comme le poteau de coin. Cette tactique lui a maintes fois permis de surprendre ses adversaires.

Bruxelles est derrière le n°2, et Nicolas lui passe le ballon, contournant ainsi Opinion Publique : c'est l'étape 1 du "une-deux".

Bruxelles dit : "Directive de libéralisation des services ! Ouverture à la concurrence, libre et non faussée ! Le Marché, tout le Marché, rien que le Marché !" (mais curieusement, ce que Bruxelles dit n'est pas bien entendu, ou alors trop tard), et il repasse le ballon à Nicolas (étape 2 du "une-deux").

Et le pauvre défenseur ? Il n'a rien vu ! Forcément : ça s'est passé dans le dos d'Opinion Publique ! Le temps pour lui de comprendre que c'est à Bruxelles que ça se passe, de commencer à se retourner... et déjà le ballon revient vers Nicolas, qui ajuste un tir tout en finesse :

"Nous sommes obligés d'aménager la composition du capital des entreprises publiques, afin de nous conformer aux dernières règlementations techniques européennes".

Et buuuuuuut !!!!

Pratiqué avec virtuosité, le "une-deux" est une figure de style de la plus grande élégance, et il constitue souvent un tour de passe-passe (au sens propre) absolument imparable.

Pour l'équipe adverse, je ne vois qu'une solution, il faut revoir la stratégie défensive : Opinion Publique doit être beaucoup plus vigilant, il faut qu'il marque Bruxelles au plus près, surtout qu'il ne le laisse pas libre de ses mouvements. C'est le seul moyen de l'empêcher de jouer en tandem avec Nicolas, et d'obliger celui-ci abattre ses cartes, à montrer son jeu, et à se présenter seul face au but.

Et pour nous autres : on a obtenu un penalty contre les technocrates, il ne faut pas le rater, l'arbitre n'en sifflera pas un deuxième. Le 29 mai, visez juste et frappez fort.

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Notes au Fil de l'Eau (29/05)

La clameur des blogs (soirée électorale)

Le résultat est clair et sans appel : 55/45 avec une participation plus forte que d'habitude. Pourtant, parmi les invités successifs sur le plateau télé, peu sont ceux qui semblent avoir réellement compris ce qu'il y a de nouveau et de différent dans ce vote qui n'a pas respecté les structures traditionnelles de la politique.

Je n'ai retenu de cette soirée qu'un seul moment important, c'est l'épisode que voici.

Allez au diable !!

Jean-Luc Mélénchon prend la parole ; il vient à peine de dire 2 ou 3 phrases ("dans la rue c'est un non joyeux"), quand tout de suite le présentateur l'interrompt car - tyrannie de la télé, et du direct - François Bayrou va intervenir depuis son PC de campagne.

On entend, mais à peine, Jean-Luc Mélénchon dire "puisque c'est comme ça, je m'en vais", et dans un plan large de tout le plateau, on l'aperçoit effectivement en train de se lever, juste avant que Bayrou n'envahisse l'image. Après son intervention, le présentateur nous montre les nouveaux invités "qui nous ont rejoints entre-temps", mais de Mélenchon il n'est plus question.

[ Notre première réaction (habitués que nous sommes aux soirées électorales) : "Il exagère !... Il aurait pu attendre". Télé-spectateur moyen, nous sommes accros à la nouveauté, l'immédiateté, le direct : Mélenchon était déjà là, sur le plateau ; on l'avait sous la main, on l'aurait bien retrouvé après ; alors que Bayrou, lui, intervenait au loin, et il risquait de disparaître une fois fini son speech, c'était donc normal de lui laisser la priorité.

Mais était-ce bien vrai ? était-ce si important d'écouter Bayrou en direct, c'est-à-dire pile à l'instant où il parle, plutôt que 10 minutes après ? ça apporte quoi au juste ? et si la télé pour une fois l'avait enregistré, sans interrompre celui qui avait à ce moment-là la parole, pour nous passer ensuite son message ? ]

Cela fait longtemps que les hommes politiques ont compris que le rapport de forces entre eux et la télé leur est très largement défavorable. Ils ont besoin de la télé, elle n'a pas, ou très peu, besoin d'eux. Leur audimat, quand ils font de la politique, est très médiocre, il s'améliore légèrement quand ils se prêtent au jeu de la télé : émissions de variétés (je chante, je raconte des blagues), ou people (j'accepte de vous montrer mon travail, mon bureau, ma vie privée).

Le premier à l'avoir compris et mis en pratique ce fut Karl Zéro, qui demandait à ses invités s'ils acceptaient de se faire tutoyer : à de très rares exceptions près (je me souviens de Françoise de Panafieu), ils ont tous accepté, faisant ainsi la preuve de leur soumission à la toute-puissance de la télé (seule capable de leur apporter la notoriété suffisante pour remporter des élections).

Mélenchon, ce soir, s'en est affranchi.

Il a estimé, vu le vote de ce soir, et la campagne que nous avons vécue, qu'il pouvait faire autrement que de se plier à cette toute-puissance tyrannique de la télé. Et là télé, il l'a plantée là ! Il a dit (pour la 2ème fois) : "Allez au diable !". C'est suffisamment rare chez un homme politique pour être souligné.

Il a sans doute compris que, parmi les leçons de ce vote, il y a la crise de la représentativité au sens large, pas seulement des partis politiques, mais aussi des médias, presse écrite et télévision. Le citoyen télé-spectateur ne se reconnaît plus dans l'image que lui renvoie la télé (on a vu ces jours-ci à Paris des affiches invitant les habitants de quartier à venir discuter entre eux du TCE, des affiches qui disaient "Eteignez la télé, et venez discuter !").

Il a peut-être réalisé que sur le net, les gens sont en train de découvrir d'autres moyens de communiquer (entre eux, horizontalement, et pas seulement verticalement, d'un parti ou d'un homme politique vers le "peuple"), de s'organiser (entre eux, comme dans un projet de logiciel libre), et de faire de la politique, et que l'on peut refuser le diktat de la télé.

Ce message-là aussi se lit dans le résultat de ce vote. C'est un petit bruit de fond qui commence à s'élever des tous les petits blogs comme celui-ci, et qui va grossir jusqu'à devenir une clameur assourdissante.

Décidément, la Révolution ne sera pas télévisée.

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Et maintenant ?

Que va-t-il se passer sur le domainepublic.org ? Dans les jours et les semaines à venir (mais sans doute avec un rythme de mises à jour moins soutenu) :

Restez à l'écoute !


Audience du Mois de Mai (31/05)

Le domainepublic.org publie ses mesures d'audience pour le mois de mai 2005 :

Bilan : en tout, 3271 "hits" en mai 2005. Sur une dizaine de jours, au plus fort de la campagne, on observe entre 100 et 600 hits par jour.

En regardant la courbe des hits, on reconnaît un certain nombre de points particuliers : le travail sur le texte du traité a débuté vers le 14/05, le 16/05 j'ai fait un peu de pub sur quelques newsgroups Usenet (maximum de 573 hits ce jour-là), et le 22/05 j'ai annoncé sur fr.comp.applications.emacs la disponibilité du traité au format .info.

Je ne m'explique pas le pic du 24/05 : il y a bien une entrée importante dans le blog en date du 24 (Du bon usage du football...), mais on voit mal comment les internautes auraient deviné qu'il y avait quelque chose à lire précisément ce jour-là...

Par contre, pour le 30/05, on imagine bien que le petit pic constaté vient après l'annonce des résultats la veille. Il coïncide avec l'entrée du blog appelée La clameur des blogs.

D'où viens-tu, lecteur ?

Synthèse des principales provenances :

Détails :

HitsProvenance
1151746.38%Network (.net)
293228.49%France
32688.19%Non-resolu/Inconnu
42487.58%US Commercial (.com)
5732.23%Belgique
6541.65%Canada
7531.62%Portugal
8220.67%Organisations Non-commerciales (.org)
9190.58%Bresil
10150.46%Italie
11130.40%Pays Bas
12120.37%Maroc
1390.28%US Enseignement (.edu)
1480.24%Luxembourg
1570.21%Japon
1670.21%Taiwan
1760.18%Nouvelle Caledonie
1830.09%Suisse
1920.06%Grece
2010.03%Hongrie
2110.03%Malte
2210.03%Royaume-Uni

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Dernière mise à jour : 02 mars 2006
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